La photographie thérapeutique…Une expérience vécue,

 

C’était en 2012…Mon corps m’échappait…Je ne le voyais plus, je ne le sentais plus ; ou plutôt, si, je ne ressentais qu’une souffrance lancinante qui l’étouffait, m’étouffait…J’avais l’impression d’être aspirée vers le néant, sans échappatoire…

Je devais de toute urgence trouver  quelque chose  pour continuer à avancer, à vivre…

Depuis l’âge de 18 ans (j’ai 54 ans aujourd’hui), j’aime photographier les beautés, où qu’elles soient, et surtout chez les personnes : j’ai toujours considéré que tous les êtres humains avaient quelque chose de beau en eux et qu’il était important de le mettre en lumière. Tous, sauf moi ; la plupart du temps, je refusais d’apparaitre sur les images : très jeune, j’ai rendu mon corps invisible, pour diverses raisons. 

En 2012, la souffrance avait atteint un tel paroxysme qu’il fallait absolument poser un acte fort pour m’en sortir. Et j’ai posé mon appareil photo sur un pied pour réaliser toute une série d’autoportaits qui voulaient dénoncer les violences subies par les femmes.

Ces auto-séances m’ont fait un bien fou : mon appareil était un véritable ami, il me comprenait, m’acceptait comme j’étais, jouait avec moi :je me sentais libre en sa présence et les images produites ont été un puissant exutoire au broiement intérieur et à la dissociation  que je ressentais. 

Par « hasard », des personnes m’ont encouragée à exposer ces images ; ce qui fut, comme vous vous en doutez, très difficile ; mais j’ai osé,  j’y suis allée !!! Et quel bonheur : les retours ont été incroyables ! Alors que ce que je voulais dénoncer était « laid » (bien sûr, pas d’explication aux images, ni d’interprétation de ma part afin de laisser le « spectateur » y trouver ce qu’il voulait), la plupart voyaient dans les photos de la beauté !!! La beauté surpassait la laideur par la puissance de l’image !!! Quelle découverte !

Outre cette prise de conscience, je devenais visible, et belle, malgré tout, à mes propres yeux, par le biais de l’image ! Autre « déclic » !!!

Empiriquement, j’avais vécu une expérience de « photographie thérapeutique ».

Progressivement, j’ai vu mon corps différemment, je suis allée à sa rencontre, l’ai apprivoisé, lentement, doucement…Et j’ai pleinement pris conscience que ce corps est la seule maison que j’habiterai toute ma vie sur cette terre : le voir, le reconnaitre dans ses singularités, ses beautés uniques et particulières, accepter ses défauts aussi, en prendre soin, l’aimer, rend le voyage tellement plus agréable…

Si cette démarche m’avait fait autant de bien, elle pouvait également aider d’autres femmes, et hommes, à se « voir », à « s’accepter »…voire s’aimer…

Par « hasard », toujours, j’ai rencontré Emilie Danchin, experte en Photothérapie, j’ai participé à ses formations et les ai validées.

Qu’est-ce que la Photothérapie ?

Peu connue en Europe, la photothérapie a été développée par JudyWeiser au Canada et est utilisée dans les pays anglo-saxons et en Italie. C’est un champ très vaste qui utilise l’image comme support à des prises de conscience.

Pour Emilie Danchin, formée par Judy Weiser,

« La photothérapie n’a rien à voir avec la luminothérapie. Elle désigne l’utilisation technique de photographies dans un but thérapeutique. La photothérapie n’existe pas en tant que telle. On devrait parler de techniques de photothérapie plutôt que de photothérapie, c’est-à-dire de techniques d’exploration de ce que les patients voient et ressentent au contact de photographies qu’ils choisissent. Les photographies ne sont pas intéressantes en psychothérapie pour leur valeur artistique, mais parce qu’elles sont non verbales et en prise directe avec l’entièreté de la mémoire affective et corporelle des patients. Les yeux font partie du corps et marquer des temps d’arrêt dans les images avec les patients, favorise une transe sur l’ image photographique. Cela permet d’approfondir un dialogue et une réflexion vivante sur leur histoire tout en précipitant un travail de réminiscence et d’intégration de souvenirs et des émotions lors de séances de travail qui s’avèrent le plus souvent intenses. »

La photothérapie, ou plutôt, la photographie thérapeutique, telle que je la pratique en tant que photographe, se focalise sur le portrait photographique et se déroule en deux temps.

Dans un premier temps, au cours d’une séance photo en studio, dans un cadre sécurisant et apaisant, j’accompagne  les personnes pour les aider à se (re)connecter à leur corps, à lâcher prise, afin d’Être tout simplement…tout en respect et convivialité…

Notez que c’est un acte courageux de la part des femmes, (parfois des hommes), qui viennent me trouver : souvent, elles(ils) n’apprécient pas leur corps, leur image, mais décident quand même d’aller à la rencontre de qui elles(ils) sont…

Dans un deuxième temps, les images émanant de la séance, désirent amener les personnes à changer de regard par rapport à elles-mêmes, à se voir avec bienveillance, et à s’accepter, s’aimer telles qu’elles sont…

Tout un cheminement…

Soutenue par une démarche de développement personnel et des rencontres bienveillantes, l’image, au-delà des mots, peut mener à une prise de conscience de sa valeur, de sa beauté,  et entrainer un (re)gain de confiance en soi, voire d’estime de soi…

La photothérapie, ou la photographie thérapeutique, une expérience à vivre, peut-être…

« Je est une autre… »

Variations sur le thème rimbaldien

Autoportraits, En-Quête d’identité

Elles

Séléné

 Hécate

Tanit

Symbiose 1

Symbiose 2

Mnémosyne

« Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses » P.Eluard